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Sécurité, traçabilité et productivité : les clés de la robotique industrielle en Espagne

Chercheurs, fabricants et spécialistes de l’automatisation analysent comment la robotique mobile, l’intelligence artificielle et les nouvelles infrastructures de communication transforment l’industrie et redéfinissent la relation entre les personnes et les machines.

L’automatisation industrielle vit l’une des périodes de transformation les plus importantes des dernières décennies. La baisse des coûts technologiques, le développement de l’intelligence artificielle, la connectivité 5G et la pression croissante pour améliorer la productivité accélèrent le déploiement de robots mobiles dans les usines, les entrepôts et les centres logistiques. Plus qu’une tendance technologique, la robotique est devenue un élément décisif pour maintenir la compétitivité des organisations.

Daniel Rial, Sales Director de Movvo Robotics, résume cette évolution par une affirmation qui reflète le changement vécu par le secteur au cours de la dernière décennie : « Il y a dix ans, la robotique mobile relevait de l’innovation. Aujourd’hui, c’est une nécessité. » Selon lui, l’intensification de la concurrence, la pression sur les coûts et la nécessité de réduire les délais de livraison ont stimulé une adoption qui a doublé entre 2015 et 2025.

Une perception partagée par Álex Domínguez, Automation Sales Manager de STILL Iberia, qui observe un profond changement de mentalité dans les entreprises. « Avant, les entreprises se demandaient si elles en avaient besoin ; aujourd’hui, la question est de savoir comment le mettre en œuvre. »

Des robots de plus en plus autonomes et collaboratifs

L’évolution de la robotique industrielle ne se mesure pas seulement au nombre d’installations, mais aussi au niveau d’autonomie atteint par ces systèmes.

Andrés Meseguer, chercheur R&D à l’ITI et associé au projet Cognibot, explique que le secteur est passé de robots guidés par des infrastructures physiques à des solutions capables de se déplacer et de prendre des décisions avec un degré d’autonomie croissant. « Nous rapprochons le robot de l’humain, pour qu’ils travaillent ensemble, dans des espaces partagés », affirme-t-il.

Meseguer souligne également que l’Espagne occupe actuellement la troisième place en matière d’infrastructure robotique installée au sein de l’Union européenne, derrière l’Allemagne et l’Italie. Dans ce contexte, le projet Cognibot travaille au développement de nouvelles infrastructures de communication et de calcul intégrant « 5G privée, informatique distribuée et intelligence artificielle pour améliorer la fiabilité, l’automatisation et la capacité d’adaptation de processus industriels qui n’étaient pas viables il y a quelques années ».

Automatiser pour rester compétitif

L’automatisation ne répond plus uniquement à une volonté d’innover. Pour de nombreuses entreprises, elle constitue une nécessité découlant d’un environnement de plus en plus concurrentiel.

Daniel Rial estime que repousser trop longtemps cette décision peut avoir des conséquences importantes. « Le plus probable, c’est qu’apparaisse un problème de compétitivité », affirme-t-il à propos des organisations qui retarderaient leur transformation dans les années à venir.

Joan Vendrell, Automation Sales chez Toyota Material Handling, convient que l’automatisation finira par être une décision pratiquement inévitable. « Si vous voyez que les autres entreprises de votre secteur se tournent vers l’automatisation, vous allez prendre du retard si vous n’investissez pas vous aussi », souligne-t-il. Il insiste néanmoins sur le fait que chaque projet doit partir d’une analyse préalable permettant d’identifier les processus offrant le meilleur retour avant tout investissement.

Pour Andrés Meseguer, la première étape consiste précisément à repérer les goulots d’étranglement de chaque organisation. « L’impératif, c’est d’être plus compétitif », résume-t-il. Ce n’est qu’à partir de ce diagnostic, explique-t-il, qu’il est pertinent d’intégrer des technologies permettant d’optimiser les processus de production.

Une technologie qui s’étend à de nouveaux secteurs

Si la robotique mobile s’est d’abord implantée principalement dans les environnements industriels, son champ d’application ne cesse de s’élargir.

Andrés Meseguer cite des secteurs comme la logistique, l’agriculture, l’exploitation minière ou même la restauration parmi les plus dynamiques. « J’ai moi-même été servi par un robot qui m’apportait une pizza », raconte-t-il pour illustrer à quel point cette technologie commence à s’intégrer dans les activités quotidiennes. Selon lui, tous ces secteurs ont un point commun : un fort besoin de transport interne et des processus où le retour sur investissement est facilement quantifiable.

Daniel Rial place l’automobile, l’industrie pharmaceutique et les grands centres logistiques parmi les principaux moteurs de cette transformation, caractérisés par d’importants volumes de mouvements internes et des cycles de production particulièrement exigeants.

Álex Domínguez désigne lui aussi l’automobile, la logistique et l’industrie des biens de grande consommation comme les domaines où l’automatisation a le plus d’impact. Il s’agit, explique-t-il, de processus très répétitifs que l’on automatise « pour leur donner cohérence et stabilité et préserver l’équilibre de l’activité ».

Joan Vendrell ajoute un secteur émergent : les aéroports, où les processus de transport interne offrent un énorme potentiel pour l’implantation de robots mobiles.

Le défi est aussi réglementaire

La technologie progresse à grande vitesse, mais son déploiement se heurte encore à des obstacles qui ne sont pas toujours techniques.

Daniel Rial estime que l’un des principaux freins en Espagne réside dans l’absence d’un cadre clair pour l’implantation de systèmes autonomes. « Il y a une question bureaucratique sur qui prend en charge ces robots autonomes », explique-t-il en évoquant les difficultés à déterminer les responsabilités et les modèles de financement. Alors que des pays comme l’Allemagne ou le Japon misent fortement sur ces technologies, il estime que l’Espagne doit avancer pour ne pas perdre en compétitivité.

Bien plus que de la productivité

L’amélioration de la productivité reste l’un des principaux arguments en faveur de l’automatisation des processus industriels, mais elle est loin d’être le seul.

Joan Vendrell souligne la capacité des robots à maintenir un rendement constant. « Les machines travaillent 24 h/24, 7 j/7, sans pauses ni vacances », fait-il remarquer.

Álex Domínguez met l’accent sur la sécurité, la résilience et la stabilité des processus. « Ils peuvent sembler lents, mais ils sont très productifs car ils ne s’arrêtent jamais », explique-t-il.

À l’ITI, Andrés Meseguer considère la sécurité comme l’un des plus grands bénéfices de l’automatisation. Il cite par exemple l’introduction d’exosquelettes industriels qui permettent de manipuler des charges lourdes tout en réduisant le risque de blessure pour les travailleurs. Il y ajoute un autre avantage croissant : la traçabilité. « Elle permet d’intégrer les données aux systèmes internes de planification et facilite le travail d’analyse. »

Daniel Rial partage cette vision et souligne comment l’automatisation élimine les erreurs liées aux processus manuels et améliore le suivi des matériaux tout au long de la chaîne logistique. Il rappelle également le cas d’une entreprise du secteur alimentaire qui, après avoir déployé des robots mobiles, a découvert des niveaux d’efficacité bien supérieurs à ceux qu’elle avait initialement estimés.

Personnes et robots, un modèle de collaboration

Loin d’annoncer un scénario de remplacement massif de l’emploi, l’évolution de la robotique industrielle s’oriente vers un modèle de collaboration entre personnes et machines.

Joan Vendrell estime que les robots prendront progressivement en charge les tâches les plus répétitives et à plus faible valeur ajoutée, permettant aux professionnels d’évoluer vers des fonctions de supervision, de contrôle et de gestion. « Les métiers vont se transformer, comme ce fut le cas avec la révolution industrielle », affirme-t-il.

L’automatisation industrielle avance ainsi vers un modèle où l’intelligence artificielle, la robotique mobile et la connectivité serviront d’outils pour renforcer la sécurité, améliorer la traçabilité et accroître la productivité. Plutôt que de remplacer les personnes, l’objectif est de redéfinir leur façon de travailler, en intégrant capacités humaines et technologiques pour construire des processus industriels plus efficaces, flexibles et compétitifs.

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